Main-d'Air...

 
 
Paume carrée, doigts longs.
 
En chiromancie, on appelle cela une main d'Air.
 
C'est censé caractériser une personnalité intellectuelle, curieuse, artistique, créative.
 
J'espère ne pas vous perdre en vous emmenant au gré du papillonnement de mes mains...
 
 

La pensée du jour...

Avoir les meilleures intentions du monde ne suffit pas,
car beaucoup de gens ne savent pas les percevoir. 
Mercredi 14 octobre 2009
Je ne sais d'où vient cette croyance selon laquelle je suis une manipulatrice de tout poil, que je calcule tout ce que je dis, et donc que lorsque je fais preuve de maladresse envers une personne, c'était fait exprès pour la blesser. C'est peut-être parce que je suis une femme plutôt posée et réfléchie, de prime abord. C'est peut-être parce que j'ai une façon de penser très structurée, qui peut s'apprécier pleinement dans mes histoires ou mes jeux. C'est peut-être aussi parce que j'ai une certaine aisance verbale, je fais des belles phrases bien ornementées, surtout à l'écrit. Mais, lorsqu'on m'impute la préméditation d'une manoeuvre complètement tordue pour arriver à faire du mal à quelqu'un avec une précision chirurgicale, alors que j'ai simplement mis les pieds dans le plat comme une bourrine, ça me donne presque plus envie d'en rire aux éclats que d'en pleurer, tellement c'est absurde.
 
J'ai peut-être l'air posée, mais si je m'écoutais je sauterais au cou des gens que j'aime et je les serrerai fort dans mes bras sans autre forme de procès. J'ai peut-être une logique de pensée, mais mon affinité avec les gens que je rencontre se décide en un éclair, avant même que j'aie eu le temps d'y réfléchir. Je m'exprime peut-être adroitement, mais je voue toute mon aire de Broca à exprimer le plus précisément possible la pensée qui me traverse l'esprit, sans avoir le réflexe de me demander si celle-ci est appropriée ou non. J'imagine des personnages très pervers et des intrigues très tordues, mais c'est sans doute pour me donner une contenance... car, dans la vraie vie, je suis d'une sincérité telle, qu'elle en devient proprement affligeante. C'est ça qui fait mon caractère non-romantique : j'exprime ma pensée à un homme telle quelle. Je me ferais un plaisir de lui dire qu'il est le meilleur, le plus beau, le plus incroyable, par simple complaisance... mais ça ne me vient tout simplement pas à l'esprit.
 
J'ai une légère hésitation à déposer ma lettre, à destination de Claire, dans la boîte. Je regrette déjà le ton que j'ai employé en l'écrivant. Mais c'est plus fort que moi : il faut que je sois sincère. Je veux qu'elle lise ma colère telle que je l'ai ressentie, pas pour la faire culpabiliser, mais simplement pour lui montrer à quel point ça me tient à coeur. Pour m'exprimer, parce que c'est ainsi que je suis, et je n'ai aucune raison de m'exprimer autrement. Pour lui prouver que je ne suis pas hypocrite, puisque c'est justement le reproche dont il était question. Je réfrène une larme, alors que je repense à son dernier SMS, où elle m'envoie gentiment balader. Merde, je ne vais pas pleurer pour ça, quand même. Et pourtant j'en ai très envie. Fort heureusement, le ridicule ne tue pas, sinon les cimetières seraient jonchés de stèles gravées des mots « Aurore T, a succombé au contrecoup d'un malentendu ». Je serais mondialement connue pour être la bonne poire qui se paie de surcroît le luxe de culpabiliser immédiatement à la moindre dispute.
 
Voilà donc, à grand renfort d'expressions pompeuses et tape-à-l'oeil, un aperçu de la manière à laquelle je ressens réellement les choses quand il s'agit d'affectif et de sentimental. Oui, je suis la fille qui aime tout le monde sans se poser de question. Oui, je suis la fille qui préfère sciemment faire confiance par défaut, au risque de s'en mordre les doigts. Oui, je suis la fille qui doit réfréner ses démonstrations affectives pour ne pas faire fuir tout le monde. Oui, je suis la fille qui s'exprime librement, sans se rendre compte qu'on la regarde de travers. Mes sentiments sont explosifs, bruts, spontanés. Je suis une folle furieuse de l'amour. Et je me déteste pour ça. Mais lorsque l'on trouve moyen de me reprocher d'être fourbe, hypocrite, calculatrice, manipulatrice, j'en viendrais presque à le revendiquer pour disperser tous ces soupçons ridicules. Et alors, j'ai envie de crier, tout simplement : « je ne m'appelle pas Élise ! ».
 
Le vent frisquet de ce début d'automne souffle sur mes yeux légèrement humides, et je ne peux réprimer un frisson. Je me sens moche, et bête. Claire, elle, ne se prend pas la tête comme ça : je lui dis que je me sens vexée, elle me répond très bien, adieu et bonne journée ! Quelle idée que de prendre cette histoire tellement à coeur, après tout, si Claire me manque tant que ça, il me suffit de trouver une personne née au même moment. C'est probablement ce type de raisonnement qu'elle a suivi. Ou même pas, en fait, j'imagine qu'elle doit simplement se dire que si je ne veux plus la voir, il n'y a rien qu'elle puisse y faire, et donc passer à autre chose sans plus d'état d'âme.
 
Une nouvelle vague de larmes s'amasse derrière mes yeux à cette pensée. Mais je me refuse à la laisser partir. Je suis plus sage que ça. Je sais que Claire est l'exemple type de comportement affectif qui me frustre et me semble complètement inadapté... et je sais surtout que la réciproque est aussi vraie. Je me raccroche à mes images mentales de cartes du ciel, qui expliquent ce phénomène. Tout ça est logique, compréhensible, modélisable, il n'y a pas lieu de s'en lamenter. Mais je peux penser aussi fort que je veux, sa froideur me donne toujours autant envie de pleurer. Et ma chaleur aura probablement le même effet sur elle lorsqu'elle lira la lettre que je viens de lui envoyer. Ou alors non, elle ne lui donnera pas envie de pleurer, mais elle lui arrachera plutôt un soupir de dépit. Dur dur, le choc des cultures.
 
Rentrée chez moi, je me jette sur mon ordinateur. Vite, de la musique, par pitié, hurle mon gyrus de Heschl. J'avise mon téléphone portable, et y entre un bref message prévenant Claire de l'arrivée imminente d'une lettre. Mon coeur bat fort. Avant que l'accusé de réception ait le temps de me parvenir, je m'empresse d'éteindre l'appareil.
 
Je m'installe face à mon clavier et tape prestement. Tels que les mots me viennent. Forcément.
 
« Ce qu'il y a de bien lorsqu'on ressent des sentiments violents, c'est qu'ils ne durent pas ».
Par Perlune - Publié dans : Ecritures
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Dimanche 11 octobre 2009

 

Aurore – Nous, les femmes, on fonctionne au désaveu.

Stéphanie – C'est-à-dire ?

Aurore – Eh bien, quand il y a conflit, au lieu d'avoir recours à la confrontation, comme les hommes, on se pourrit mutuellement aux yeux de la communauté. On s'entretue socialement, quoi.

Stéphanie – Sans déconner !

Aurore – Si, si, je te promets. (rires) C'est pour ça qu'il y a un déséquilibre dans les conflits homme-femme. C'est parce qu'on n'a pas le même mode de résolution des conflits. Quand une femme cherche à discuter, l'homme croit qu'elle cherche la confrontation, et il la mène donc comme telle. Et inversement, quand un homme a besoin d'espace, de liberté, la femme prend ça comme un désaveu. C'est pour ça qu'elle tient absolument à discuter.

Agathe – En fait, on se sent juste offensé par la manière de faire de l'autre, alors qu'il voit les choses différemment...

Aurore – C'est ça.

Stéphanie – Ouais, enfin, c'est pas vrai pour tout le monde...

Aurore – Moyennant une certaine marge d'erreur. Et puis, ça dépend des domaines, aussi : par exemple, moi, avec mes rivales amoureuses, je suis à fond dans la confrontation.

Agathe – Ca s'est pas vu...

Aurore – Évidemment, on n'a jamais été rivales toi et moi... Et honnêtement, j'espère pas que ça arrivera un jour, parce que c'est pas joli à voir...

Agathe – A ce point ?

Aurore – Mais trop ! Je suis totalement pour la guerre ouverte, tous les coups sont permis, et que la meilleure gagne ! (rires) Non, mais j'en rajoute, parce que j'ai une perception très négative de mon comportement amoureux... Si on était après le même mec, je saurais être suffisamment intelligente pour lâcher l'affaire. Je sais comment je fonctionne, j'ai plus des... « pulsions amoureuses » : sur le coup, je serais prête à tout pour avoir le mec qui me plaît, mais cinq minutes plus tard, je me trouve ridicule.

Agathe – Tu m'as fait peur...

Aurore – Ouais, je suis une folle, que veux-tu... Non, mais je suis une femme loyale. Pas comme certaines personnes...

Stéphanie – Hé, pourquoi tu me regardes, là ?!

Aurore – Pfouh, alors là, je pensais pas du tout à toi...

Stéphanie – Plutôt à quelqu'un dont le prénom commence par « é »...?

Aurore – Tout de suite, les préjugés abusifs... (rires) N'empêche, tu rigoles, mais quand je repense à Élise, je suis totalement décompléxée, quoi...

Stéphanie – Tu m'étonnes. (regards entendus)

Aurore – D'ailleurs, ça fait une excellente transition avec le sujet de départ, merci Steph...

Stéphanie – Pourquoi, tu vas la pourrir ?

Agathe – Allez, vas-y, défoule-toi ma grande !

Aurore – Non, justement ! C'est elle qui me pourrit, c'est elle qui se défoule... Depuis cette fameuse soirée... (regard interrogateur de Stéphanie) Ben, en gros, je l'ai un peu trop ouverte pendant une soirée, et j'ai appris, après coup, que tout le monde m'avait trouvée super désagréable... Et tu sais comment je l'ai appris ? Je te le donne en mille : c'est Élise qui me l'a dit, comme prétexte pour me refuser à une soirée. Et, comme le hasard fait bien les choses, c'était justement une soirée où elle avait invité Alexandre.

Stéphanie – Ah ouais, en effet, quel hasard !

Aurore – Mais c'était incroyable, quoi, elle s'est acharnée, genre, j'avais commis un crime contre l'humanité... Alors qu'en plus je lui avais rien fait ; à la soirée fatidique, je m'étais fritée avec Cécile. Si quelqu'un devait m'en vouloir, c'était elle... or, avec Cécile, les choses se sont réglées en deux temps trois mouvements, j'ai dit pardon, elle a dit pardon, hop, fini ! Et ce qui me fait plaisir, justement, c'est que Cécile est la première à dire qu'Élise a fait tout un foin de cette histoire, et que comme par hasard, ça coïncidait avec la période où elle commençait à se rapprocher d'Alexandre – alors qu'on était encore ensemble, à ce moment-là, je précise quand même. (regards désapprobateurs) Ca prouve bien que j'ai rien inventé.

Stéphanie – Ouais, c'est une grosse salope, en fait...

Aurore – On peut dire ça comme ça ! Et ce que je trouve incroyable, dans cette histoire, c'est qu'elle s'acharne pour de vrai ! Je veux dire, qu'elle me pourrisse pendant que j'étais avec Alex, même si c'est dégueulasse, tout ce qu'on veut, à la limite, ça a un sens... y avait une logique derrière... Mais même aujourd'hui ! Trois mois plus tard, alors que je lui ai plus jamais parlé, et que j'ai même rien dit contre elle autour de moi, elle continue encore à enfoncer le clou et à me pourrir auprès des autres, comme pour se justifier – je le sais parce qu'Alexandre me l'a dit. Et, franchement, si ça c'est pas de la mauvaise foi à l'état pur...

Agathe – Les filles comme ça méritent pas qu'on parle d'elles, de toute façon...

Aurore – Oui, c'est clair...

Stéphanie – Tu en parles pas mal, quand même !

Aurore – Oh, t'en fais pas, c'est pas ça qui m'empêche de dormir la nuit !

Agathe – Faut pas...

Aurore – Non mais, vous savez les filles, c'est même pas personnel... Ca m'énerve quand les gens disent « n'y pense plus, passe à autre chose, bla bla bla... », parce qu'ils croient que j'en fais une histoire de jalousie. Mais je suis pas jalouse !

Stéphanie – Un peu, quand même !

Aurore – J'ai fait preuve de la jalousie règlementaire en pareille situation, y a un minimum syndical, tout de même. (rires) Et puis, entre nous, se faire piquer son copain par Élise, quoi... C'est même pas le fait de se faire piquer son copain... Mais par Élise... c'est la disgrâce ultime !

Agathe (l'air effaré) – J'avoue, ouais...

Aurore – Après, y a le fait que je suis très jalouse par nature, mais ça c'est une autre histoire... C'est pas une histoire personnelle, c'est une question de principe. Je veux dire, ce qui me fout en l'air dans cette histoire, ce n'est pas que ce soit Alexandre, ce n'est pas que ce soit Élise, ce n'est pas que ça me soit arrivé à moi, ce n'est pas que ça se soit passé pile au moment où il fallait pas... Ce qui me fout en l'air c'est la manière à laquelle ça s'est fait. Qu'Alexandre préfère sortir avec Élise, je vais pas pleurer, c'est pas comme si c'était la première fois qu'un mec se tapait une salope juste derrière moi... Ce qui me gêne, c'est de me dire que ça le dérange pas que la salope en question l'ait dragué alors qu'il était avec une autre fille, que ça le dérange pas de savoir que la salope en question a manipulé son entourage et s'est prêtée à tous les coups bas possibles pour se le faire...

Stéphanie – Il le sait peut-être pas.

Aurore – Mais bien sûr qu'il le sait ! Il a suivi toute l'histoire, puisqu'on en parlait tous les deux pendant qu'on était encore ensemble. D'ailleurs, Alex est le seul à qui j'aie parlé d'Élise depuis qu'on s'est brouillé... et je lui en parlais, ben, comme on parle à son copain, quoi : je lui disais ce que je pensais, ouvertement, sans plus. Et je suis sûr qu'il lui a répété, après, et que ça a conforté Élise dans son idée que j'étais une grande méchante, et qu'elle avait bien fait d'arracher le pauvre Alexandre, pur et innocent, de mes griffes.

Stéphanie – Je comprends pas... Je pensais que c'était un mec intelligent, pourtant.

Aurore – Il l'est, c'est bien ça le plus navrant. D'ailleurs, je lui en veux aussi, pour une autre raison... Il faut savoir que techniquement parlant, Élise ne m'a pas piqué Alex. En fait, on a décidé de se séparer... C'est assez drôle quand j'y repense, parce que j'ai fait ça pour des raisons totalement inverses de celles pour lesquelles Élise s'est mise avec lui : c'était dans un souci d'honnêteté. J'avais des doutes sur mes sentiments, je me rapprochais d'un autre garçon, et je me sentais troublée... (moues) Oui, je sais, c'était pas très élégant, mais je me suis justement dit qu'Alex méritait quelqu'un qui l'aime sans réserve, et que je ne pouvais pas décemment continuer dans une relation où je n'étais pas sûre à cent pourcents de mes sentiments – putain de conscience.

Stéphanie – Alors, tu l'as largué ?

Aurore (soupirant) – Non, je l'ai pas largué... J'aime pas ce mot, ça fait genre je me pointe et je fais « désolée, je t'aime plus, je me casse ». J'ai pas fait les choses comme ça, j'étais pas sûre de mes sentiments, ça implique que j'étais pas sûre de vouloir le quitter, non plus... Je l'ai pas largué...

Stéphanie – Bon... tu l'as déposé, alors.

Aurore – Oui, voilà, je l'ai déposé ! (rires) Du coup, je lui en ai parlé, et ça a été dur, franchement, très dur, je n'avais pas envie de le quitter, au fond de moi... alors on a parlé, longuement, je lui ai expliqué tout ce que je ressentais, en long, en large et en travers, et au final, c'est lui qui a proposé qu'on « fasse une pause »... (moues ébahies) Oui, ça s'est fait en ces termes.

Agathe – Sacrée pause.

Aurore – Comme tu dis. C'est pour ça qu'Élise a particulièrement bien joué son coup, parce que techniquement, Alex était célibataire quand ils se sont mis ensemble. Mais elle s'est jetée dessus comme un vautour sur un bout de viande, c'était juste impressionnant : moins d'une semaine après cette fameuse pause, ils étaient ensemble. Et c'est aussi passer sous silence le fait qu'elle lui tournait autour pendant qu'on était ensemble, elle l'invitait même à sortir. Et elle s'est saisie de la fameuse soirée avec Cécile comme prétexte pour se brouiller avec moi, et pouvoir choper Alex en toute bonne conscience.

Stéphanie (sarcastique) – C'était finement joué !

Aurore – Ah mais, totalement. C'était très fin... et ça ne la rend que d'autant plus pourrie.

Agathe (secouant la tête) – Comment un garçon peut sortir avec ça, ça me dépasse...

Aurore – Et donc, là où j'en veux à Alex, c'est qu'à travers son histoire avec Élise, il se venge. En face, il m'a dit qu'il comprenait que j'aie besoin de me recentrer, que c'était mieux comme ça, tout ça... Mais, quand j'ai vu comment il m'a redit les choses par la suite, j'ai senti que, dans le fond, il m'en voulait à mort de l'avoir laissé – alors que j'avais même pas envie de le laisser, au départ. Et, malgré tous ses efforts, il n'a pas réussi à cacher la satisfaction, la jouissance que ça lui a procuré de se retrouver avec Élise, tout en sachant que moi j'étais seule. Il se venge totalement de moi, tout en gardant bonne conscience puisqu'il se dit que je l'ai bien cherché.

Stéphanie – C'est peut-être mieux, finalement, non ?

Aurore – Bah, quand j'y pense... Il vaut pas mieux qu'Élise, qui a profité de la dispute avec Cécile pour m'en mettre plein la gueule, dans le sens où il a profité du fait que la première venue lui saute dans les bras, pour se venger du fait que je l'aie quitté. Quelque part, entre opportunistes, ils vont bien ensemble.

(moment de silence)

Agathe – Hum... j'ai perdu le lien avec le début de la conversation, là...

Aurore – Ah, le lien, eh bien, c'est qu'Élise s'est faite avoir à son propre jeu.

Agathe – C'est-à-dire ?

Aurore – J'ai repris contact avec Cécile et les autres, et on a longuement reparlé de cette histoire, que je leur donne ma version des faits. Et elles m'ont toutes dit qu'elles trouvaient l'attitude d'Élise déplorable. Même Marie, qui est du genre à trouver que tout le monde est beau et gentil – vous la connaissez –, m'a dit, je cite, qu'elle « avait du mal à ne pas être d'accord avec moi ». En langage Balance, ça veut dire « tu as tout à fait raison » ! (rires)

Stéphanie – Tiens, ça me fait penser... J'ai croisé Souris l'autre jour, je lui ai demandé comment ça allait, et bizarrement, elle m'a pas parlé d'Élise... (sourires) Et quand je lui ai demandé « et Élise ? », elle m'a répondu « oh, Élise, elle est chiante en ce moment ! »...

Aurore (s'esclaffant, incrédule) – Non, tu rigoles ! Attends, si même Souris s'y met, c'est grave, là... Eh bien, vous voyez, tout ça, c'est des choses qui me font chaud au coeur, pas parce que j'ai une rancune personnelle vis-à-vis d'Élise et que je tiens absolument à ce qu'elle se fasse pourrir par tout le monde... Si c'était le cas, je la pourrirais moi-même, j'en suis tout à fait capable... Mais ça fait plaisir de voir qu'elle s'en tire par comme ça, c'est une question de principe. Elle aurait pu faire ça à n'importe qui d'autre, j'en aurais pensé la même chose. Ce qu'elle a fait, ce sont des choses qui ne se font pas, et qu'il n'est pas juste de tolérer. Et ce qui me fait plaisir, c'est de voir que les autres ne les tolèrent pas, spontanément, sans même que j'aie besoin d'y mettre mon grain de sel. A me désavouer à outrance tout en faisant ses saloperies, Élise s'est désavouée d'elle-même. Elle s'est montrée très féminine dans sa manière d'essayer de m'évincer, mais pas très prudente quant aux conséquences, parce qu'elle a commis un magnifique suicide social. Moi, j'ai peut-être perdu un amoureux dans l'affaire, mais j'ai toujours l'estime de mes amies, et comme je ne me suis pas abaissée à rentrer dans le jeu de pourrissage d'Élise, je n'ai rien à me reprocher. Elle, par contre, elle a perdu toute la communauté... et encore, elle a de la chance d'habiter dans une grande ville.

Agathe – C'est clair ! Si elle vivait dans un village, elle oserait même plus sortir de chez elle...

Aurore – Donc voilà, je suis contente parce qu'il y a une justice dans ce monde. J'ai gardé une attitude positive malgré tout, jusqu'au bout : aucune méchanceté, aucun coup bas, et j'ai été reconnue pour ça. Et vous pouvez pas imaginer le bien que ça fait de se dire qu'on n'a même pas besoin de lever le petit doigt pour que les pourris soient reconnus comme pourris et les justes comme justes. Ca s'arrose ! (trinque et boit)

Agathe – N'empêche, le plus incroyable, c'est que ça a l'air de durer, leur affaire...

Aurore (s'esclaffant) – C'est sûr, je le dis depuis le début. C'est pour ça que je tâchais se garder Élise à bonne distance quand même pendant qu'on était encore ensemble, je n'étais pas dupe. Elle était en pâmoison devant Alex depuis le début... « et il est très mignon, et il est très gentil, et gna gna gna... », c'est ça qui rend son prétexte pour m'évincer d'autant plus ridicule. Je veux dire, à un moment donné, faut pas prendre les gens pour des cons, non plus. Quand je repense à ses grands discours sur l'amitié, genre « oh, mais ne t'en fais pas, je ne ferais jamais ça à une amie... » : pas folle, la guêpe, elle a pris soin que je sois plus son amie pour ça.

Agathe – Mais quelle tristesse...

Aurore – Trop ! Et de son côté, Alex qui me faisait « non, ne t'inquiète pas, entre toi et Élise, il n'y a aucune comparaison possible »...

Stéphanie – C'est un beau couple d'enfoirés, quand même !

Aurore – Tu vois, malgré ce qu'ils m'ont fait, je dirais même pas ça. Ils étaient tous les deux paumés, ils se sont retrouvés, voilà. Leur tort c'est pas d'être des enfoirés, c'est de croire que rien que parce qu'ils sont ensemble, le monde cesse d'exister autour d'eux. Ils sont complaisants l'un envers l'autre, ils sont chacun prêts à accepter n'importe quoi de la part de l'autre, parce que leur désir d'avoir quelqu'un est plus fort que leurs principes. Et, franchement, c'est dangereux...

Stéphanie – Hum, ça sent le vécu !

Aurore – Bah, vite fait... J'ai déjà couché avec un mec qui était maqué, et j'en suis pas particulièrement fière, c'est fait, c'est fait. N'empêche que vu tout ce que je me suis pris derrière, alors que c'était lui qui venait me rendre visite de lui-même, la leçon a été claire, et j'y suis pas revenue. Alors, à la place d'Alex et Élise, une relation basée sur la complaisance, construite sur le mensonge, la trahison et la vengeance – même si ces sentiments concernent des personnes extérieures –, je m'inquiéterais beaucoup.

Agathe – Tu crois que ça va pas durer, alors ?

Aurore – Oh, si. Ils ont trop besoin l'un de l'autre. Ils sont comme deux parasites en symbiose. Mais une relation de parasitage, c'est pas ce que j'appelle de l'amour, personnellement. Ils s'en rendent sans doute pas compte, parce qu'ils sont dans leur bulle, mais ils sont déjà foutus. Ca craquera le jour où l'un des deux se réveillera.

Agathe – Espérons...

Aurore – T'en fais pas. Élise est déjà morte socialement. Les parasites ne restent pas longtemps accrochés à des organismes morts ! (rires)

 

Par Perlune - Publié dans : Ecritures
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Lundi 3 août 2009
La vibration de mon téléphone portable m'arrache brusquement à mes rêves. Rêves que je m'empresse d'oublier, d'ailleurs. Ils ne devaient pas être importants. Ce qui compte, c'est que je me lève dans la bonne humeur, dans l'allégresse même, pour la première fois depuis... bien longtemps. J'allume ma lampe de chevet. Le jour se lève à peine dehors, effet inévitable de la régression du temps de jour, en cette fin d'été.
 
Je me jette alors sans tarder sous une douche brûlante, en chantonnant gaiement le refrain de Vénus-Bélier. J'aurai l'occasion de la jouer cet après-midi. Et Qu'est-ce que ça peut te faire ? aussi, tiens, ma terrible chanson d'anti-amour dont je suis si fière. J'essaie de me concentrer sur l'élaboration d'une scène, pour mon livre, mais en pure perte : l'excitation qui m'étreint en pensant à ce qui m'attend tout à l'heure absorbe mes pensées comme une éponge. Et dire que l'été avait si mal commencé...
 
De retour dans ma salle à manger, tout en me séchant les cheveux, je contempls la forêt d'arbres que j'ai dessinée à mon mur. Là où certains font pousser des plantes pour décorer leur appartement, moi je cultive des arbres de destins. Un embracnhement pour chaque choix, pour chaque futur possible. Quentin, Alexandre, Elise... ils ont chacun le leur. Toutes les personnes qui m'ont déçue et / ou faite souffrir dernièrement font partie de ma petite collection personnelle de prophéties. Car, à la surface de chaque arbre, il y a un trait – que j'ai tracé au feutre pour bien montrer que je suis sûre de moi – indique un cheminement précis à travers les embranchements successifs. Deviner ce que décideront ces pauvres âmes lorsque le choix se présentera à elles, c'est devenu mon petit jeu. Les arbres s'étoffent à mesure que les jours passent, et le feutre suit implacablement, indiquant la direction vers laquelle chacun des sujets est appelé.
 
Je souris devant cette constatation d'une simplicité qui ne m'effraie même plus : aucun n'a dérivé du chemin prédit par le feutre. C'est ma petite veangeance, à moi qu'on a laissée pour compte sans remords, en se disant qu'après tout je l'avais bien cherché. Je tiens leur destin entre mes mains. Je connais par coeur leurs rouages internes, comme si je les avais assemblés moi-même. Empêtrés dans la monotione de leur indolence, exaspérants dans leur farouche prévisibilité, tellement constants dans leur inconsistance, ils ne sont que des caricatures, des personnages de roman – et encore, les miens ont au moins le mérite d'évoluer. De ce fait, je ne tire aucune réelle fierté de vois mes prédictions se réaliser, jour après jour. Lire dans le destin de personnes aussi tristement bornée n'a rien de grand art, après tout.
 
Ainsi, en levant les yeux, je vois avec satisfaction se dessiner l'avenir de ces personnes que j'ai autrefois aimées. Il y a quelques bonnes choses dedans. Mais il y en a aussi des mauvaises. Et je contemplerai l'arrivée de ces choses avec sérénité, les yeux fermés, assise tranquillement dans mon salon, sans avoir à bouger le petit doigt. Quel délice de voir les choses s'écrouler d'elles-mêmes, en se disant que l'on n'a même pas eu besoin de s'en mêler. Quel soulagement de sentir qu'il y a véritablement une justice dans ce monde. Tôt ou tard, les branches que l'on a arrachées dans l'arbre de son voisin pourrissent, et attaquent le vôtre par la racine. Empêcher l'autre de réaliser son destin n'est que l'aveu de sa propre impuissance à se réaliser soi-même. Tous ceux à qui j'ai prêté mes branches et qui les ont cassées impunément, ceux-là construisent sur du pourri, du vermoulu, et de tels édifices ne pourront que s'effondrer à la longue. Et ce ne sera même pas une vengeance de ma part. Rien d'autre que le fruit empoisonné de leur négligence, de leur ressentiment, et de leur ignorance. S'ils ne s'étaient pas détournés de moi, ils auraient pu voir mon mur, eux aussi. Na.
 
Pour ma part, je me sens libérée, sereine, en paix avec moi-même, pour avoir soigneusement évié de violenter les arbres des autres. Le mien épouse harmonieusement les leurs, qui s'en séparent brutalement, poussant parfois le vice à se nourrir sans vergogne de la sève qui coule d'une branche atrophiée. Ils se rassurent en se disant qu'ils ont fait le bon choix, en voyant cette branche morte, tuée par leurs bons soins, et en se répétant avec complaisance qu'il ne pouvait donc rien en sortir de bon. Bonne poire, je les laisse tout de même repousser, consciente de l'importance que revêtent mes futures alternatifs dans l'équilibre global de mon arbre de possibilités. Alors mes parasites se gorgent de l'importance que je continue à leur accorder, utilisant ma porpre sève pour faire prospérer des embranchements qui me font souffrir, qui continuent à atrophier les miens. Genre, ils s'imaginent que ce sera viable.
 
Mais non, ces embranchements-là se meurent à petit feu, prisonniers des choix dont ils se nourrissent, qui sont de mon propre fait, et finissent donc toujours par pointer à nouveau vers mon arbre. Cet effet pervers, je peux facilement le mesurer sur mes schémas futurologiques. Ainsi, les branches d'Alexandre et Elise se tressent autour d'une qui m'appartient, elles sont donc obligées de s'y accrocher pour rester stables. Leurs entrelacs sont trop décalés, trop maladroits pour tenir seuls. Et pourtant, elle s'éloignent inexorablement, paresseusement ; elles sont sans doute déjà oublié qu'elles prolifèrent en parasites sur un destin qui leur échappe, sur lequel elles n'ont aucun contrôle, et qui a encore la bienveillance de les laisser faire sans rechigner. Un jour, ces branches arriveront au bout, et basculeront dans le vide. Et s'effilocheront. Les coup de feutre est absolument formel.
 
Cette perspective me laisse de marbre depuis un moment. Alexandre préfère laisser croître l'arbre de son destin en sauvage plutôt que de le cultiver, tant pis pour lui. C'est faire bien peu de cas de toute la tutelle que je lui ai apportée, de toutes les branches qui lui ont poussé grâce à moi, mais après tout c'est bien pour ça que je ne suis pas devenue clinicienne : les gens m'exaxpsèrent à se compliquer artificiellement l'existence, alors qu'elle est si simple et évidente dès le départ. C'est un métier ingrat où les gens se demandent a posteriori pourquoi ils ne vous ont pas écouté plus tôt. Raison pour laquelle je me refuse catégoriquement à partager mes prédictions avec autrui. L'effet Cassandre est particulièrement irritant.
 
Quittant donc des yeux le point de divergence entre le saule pleureur et le buisson de ronces, je pose mon regard sur mon propre arbre, droit, régulier, caressant langoureusement les courbes de ses voisins, sans jamais les capturer, sans jamais les couper. Il s'élève au-dessus de ceux qui poussent contre ses branches basses comme des enfants tirant sur les jupes de leur parents, aspirant à des perspectives bien au-delà des leurs. Et, bien que beaucoup l'aient abandonné dans sa course, il ne pousse pas seul. Quelques fidèles l'accompagnent encore, avec le même souci de le laisser s'épanouir librement. La plupart le suivent depuis plus de deux ans. Mais l'un d'entre eux arrive à peine, se lançant spontanément dans un ballet harmonieux avec l'un de mes embranchements supérieurs. Et pas n'importe lequel. Celui qui est feutré.
 
C'est cet arbre que je ne connais pas, auquel je préfère rester volontairement aveugle, que j'effleure du bout des doigts en murmurant : « à tout à l'heure... »
 
 
Par Perlune - Publié dans : Ecritures
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Lundi 3 août 2009
Sun Guan Dai se figea en entendant le léger grincement de la porte de son appartement. Il pouvait reconnaître ce son entre mille. Il vivait depuis suffisamment longtemps dans ce taudis pour en connaître par coeur tous les bruits, même les plus infimes. Incapable de bouger, les mains suspendues au-dessus de son clavier, il prêta l'oreille. Si quelqu'un était en train de pénétrer chez lui, il lui valait mieux se préparer à se défendre, songea-t-il. Mais, pris de court, il ne lui venait aucune idée de quoi faire. Le jeune homme était un reptile, un animal à sang froid. Son coeur et ses muscles n'étaient pas prévus pour improviser dans le feu de l'action. C'est donc ainsi, immobile, hébété, qu'il entendit la porte de sa chambre s'ouvrir dans un fracas qui jurait violemment avec le silence confiné de la pièce.
 
Un coup de feu retentit aussitôt. Sun Guan Dai tourna les yeux lentement et aperçut une silhouette encagoulée qui brandissait une antique arme à feu dans sa direction. Il attendit l'impact de la balle, qui tardait étrangement à venir. Alors, la silhouette s'affaissa lentement, laissant la place à une soeur jumelle, vêtue de la même manière. Celle-ci enjamba le corps et s'approcha du jeune homme en le tenant en joue. Celui-ci, tétanisé, réalisait avec difficulté ce qui se tramait autour de lui. Son esprit était saturé par la trop grande quantité d'informations nouvelles qui lui arrivaient en même temps. L'image de l'écran noir affublé du message d'erreur Stack overflow s'imposa à lui. En d'autres circonstances, ça lui aurait certainement arraché un sourire.
 
« Bonsoir, professeur. »
 
La voix de l'assassin était douce, posée, et féminine. Elle parlait un anglais assuré, avec un léger accent dont Sun Guan Dai n'aurait su déterminer l'origine. Il tenta de trouver une répartie cinglante, mais, dans l'urgence de la situation, rien ne lui vint à l'esprit.
 
« Que voulez-vous ? demanda-t-il alors, jugeant que l'heure n'était pas à l'originalité.
– Discuter avec vous, si vous le voulez bien.
– Ne vous fichez pas de moi. On n'entre pas par effraction chez les gens avec une arme à la main pour le simple plaisir de papoter.
 
La silhouette libéra un rire clair et mélodieux.
 
– Vous avez raison. Je suis là pour vous éliminer ; mais nous avons tout notre temps, pas vrai ?
 
Et elle s'esclaffa à nouveau, comme si elle venait de faire une bonne plaisanterie.
 
– Montrez-vous, lâcha Sun Guan Dai d'une voix qu'il voulait autoritaire, mais qui tremblait manifestement.
 
La silhouette sembla hésiter un instant mais se décida à retirer sa cagoule d'une main, gardant bien l'autre pointée dans la direction de sa victime. Le tissu noir libéra une cascade de cheveux sombres et bouclés. La femme était plutôt jeune, elle devait avoir la vingtaine. Sa peau mate luisait légèrement de transpiration, et des grands yeux d'un bleu étonamment clair luisaient comme des perles au milieu de son visage.
 
– Satisfait ? demanda-t-elle avec un demi-sourire.
– Allez droit au but. Si je dois mourir, j'aime autant que ce soit rapide.
– Très bien. Je peux m'asseoir ?
 
Déconcerté, Sun Guan Dai hocha nerveusement la tête. Il s'était déjà imaginé se faire assassiner par des fanatiques religieux, dans d'improbables rêves de gloire, mais ce n'était pas à ce genre de comportement qu'il se serait attendu de la part de ses bourreaux. La femme le fixa un instant, comme si elle cherchait ses mots. Elle prit une inspiration et commença enfin :
 
– Vous savez pourquoi on cherche à vous évincer, professeur ?
– Parce que les religions cherchent toujours à occulter les vérités scientifiques.
– Je m'attendais un peu à cette réponse...
– Dites-moi que j'ai tort pour voir...
– Oh non, pas tout à fait. Celui-là (la femme repoussa négligemment du pied le corps qui gisait par terre) était en effet là pour ça.
– Et vous non, je suppose, puisque vous l'avez tué.
– C'est exact.
– Alors vous ne cherchez pas à m'éliminer, sinon vous l'auriez laissé faire.
 
De sa main libre, la jeune femme joua avec ses boucles brunes tout en esquissant un sourire amusé.
 
– Disons que ça dépend de vous...
– Vous voulez quoi ? Que je travaille pour votre pays ?
– En quelque sorte...
– Ecoutez, mes recherches ne sont pas à vendre. Tout est en crypté sur ce disque et vous n'aurez jamais la clé, donc inutile de perdre votre temps à essayer de m'acheter...
– Vous vous méprenez sur mes intentions, professeur. Ce ne sont pas vos recherches qui nous intéressent. C'est vous.
– Moi...? Vous vous trompez de personne...
– Je ne pense pas. Mes renseignement sont formels.
– Si vous étiez si bien renseignée, alors vous ne m'appelleriez pas professeur, je ne suis pas encore diplômé...
 
Sun Guan Dai se surprit lui-même à adopter délibérément un ton sarcastique à outrance. C'était sa petite revanche sur la femme encagoulée qui semblait jouer avec lui comme un chat avec une souris. Cependant, elle ne parut pas démontée outre mesure par cette réplique tranchante.
 
– Oui, vous avez raison... Question d'habitude ; vous savez, chez moi, tout le monde vous appelle professeur Sun.
– Et c'est où, chez vous ?
– D'ordinaire, à cette question, je réponds : vous ne me croiriez pas. Mais vous, vous pourriez me croire... peut-être. Après tout, c'est votre domaine d'étude.
 
Il fallut plusieurs secondes au jeune chinois pour saisir la signification de ces propos nébuleux. Il laissa ses yeux errer sur les schémas qu'il avait dessinés, et dispersé un peu partout sur la courte table qui lui sevrait de bureau de fortune. Officiellement, il travaillait pour sa thèse sur les propriétés de la matière noire, qui avait été isolée, et dont l'existence avait été prouvée par un groupe de chercheurs de son pays, quelques années plus tôt. Officieusement, ces travaux lui avaient soufflé une conception qui s'était peu à peu imposée à lui comme l'évidence, mais qui était peu orthodoxe. Puisque la densité de la matière noire augmentait avec le temps, elle pouvait servir à mesurer l'âge de l'univers. Or, le groupe détude de Guan Dai avait observé un phénomène singulier : cette densité n'était pas la même partout. Comme si certaines choses vieillissaient plus vite que d'autres.
 
Le jeune homme avait commencé par dessiner des droites parallèles, avec des graduations plus ou moins espacées, pour représenter différentes personnes, différents destins, qui s'écoulaient plus ou moins rapidement. Il avait longtemps contemplé ces schémas, dans lesquels il lui semblait manquer un élément essentiel. Puis un jour, raturant l'un de ses traits, il avait eu une illumination. Si les destins qui se croisent vont dans la même direction, alors on pourrait imaginer que ceux qui diffèrent auraient plutôt tendance à s'écarter l'un de l'autre. Au lieu de faire des droites parallèles, Guan Dai s'était donc mis à modéliser des espaces temporels avec une infinité de traits emberlificotés, accompagnées d'indication telles que "vers une relation avec A", "vers une scission avec B"... Mine de rien, les rails uniformes de départs s'étaient peu à peu transformés en buissons aux embranchements complexes.
 
C'était justement à ça que ressemblait son modèle le plus récent. Un arbre de possibilités, avec un embranchement pour chaque choix. Pas pour représenter l'avenir, mais l'ensemble du temps de vie d'une personne. Sun Guan Dai avait la certitude que toutes ces possibilités alternatives existaient réellement dans l'univers, simultanément, comme les couloirs d'un labyrinthe coexistent même si on ne prend qu'un seul chemin. Autrement dit : le destin n'existe pas, la vie n'est pas écrite à l'avance. Théorie ambitieuse que, grâce à ses études sur la matière noire, il aurait peut-être la possibilité de démontrer.
 
Le jeune homme regarda son interlocutrice, interdit.
 
– Si vous comptez me faire le coup du voyage dans le temps, pas la peine de vous fatiguer, il y en a d'autres qui sont passés avant vous.
– Alors je retire ce que j'ai dit, soupira la jeune femme, visiblement déçue. Vous ne pouvez pas me croire.
– Alors, dites-moi tout, ricana Guan Dai. Vous venez de quelle année ? Quelle monstruosité suis-je appelé à commettre pour que vous vouliez m'éliminer ? Et puis d'abord, est-ce que mes travaux ont réussi ou échoué ?!
– Les deux, bien évidemment. C'est bien le principe de votre théorie, non ?
 
Le sang de Sun Guan Dai se glaça. Il ouvrit la bouche, mais fut incapable d'articuler le moindre mot. La femme poursuivit, avec son éternel sourire en coin :
 
– Vos recherches doivent révolutionner le monde. Ce simple événement est donc à lui tout seul le fruit d'un embranchement, pas uniquement dans votre histoire personnelle, mais dans celle de l'humanité toute entière. Il existe une branche d'univers dans laquelle vos recherches aboutissent, et où vous entrez dans les livres d'histoire... et une autre où vous n'êtes jamais reconnu, et restez un obscur savant fantasque tapi dans l'ombre. Et nous sommes très proches de cet embranchement...
 
L'esprit du jeune homme fonctionnait à toute allure, tentant d'intégrer les dires de sa vis-à-vis, mais il ne pouvait s'empêcher de sentir un vertige grisant s'emparer de lui, alors que le message d'erreur Stack overflow clignotait furieusement dans sa tête.
 
– En fait, nous l'avons déjà dépassé, rectifia la jeune femme d'un ton sentencieux.
– Nous sommes dans une branche ? Dans une de ces deux branches ? Laquelle ?
– Devinez...
– Je suis... je suis appelé à réussir... Pourquoi voudriez-vous me tuer sinon ?
– C'est là que ça se complique, soupira la jeune femme, puis, avisant le pistolet qu'elle tenait toujours en main, elle demanda : je peux compter sur votre curiosité scientifique et lâcher ça un moment ?
 
Sun Guan Dai ne répondit pas, mais elle déposa tout de même son arme sur le bord du lit, où elle se trouvait assise. Une terrible négligence, qui pourrait s'avérer fatale pour elle. Le jeune chercheur commença à transpirer.
 
– Vous connaissez l'église Illuminée ? demanda la prétendue envoyée du futur.
– Vaguement... j'en ai déjà entendu parler deux ou trois fois à la télé.
– Vous feriez mieux de vous renseigner. D'ici un siècle, ce sera la religion dominante sur le globe.
– Je ne vous crois pas, répliqua fermement Sun Guan Dai. Les religions s'affaissent comme des châteaux de cartes, elles sont obsolètes. Les hommes en ont assez qu'on leur fasse croire que tout est fait d'une telle manière, que tout est écrit à l'avance...
– C'est précisément la raison pour laquelle vous devriez mieux vous renseigner, professeur – je veux dire, futur professeur. Les Illuminés rejettent toutes les conceptions classiques de destin et de karma... pour eux, l'homme se réincarne vierge de ses actions antérieures, et c'est pour cela qu'il ne se rappelle de rien...
– Ca ne change rien. Il n'existe aucune preuve qu'il y a une vie après la mort.
– Non, mais ce n'est pas après ce genre de preuve que court l'église Illuminée.
– Ce sont des croyants, il n'ont pas besoin de preuve.
– Détrompez-vous ! Les Illuminés sympathisent beaucoup avec la communauté scientifique. Ils pensent que science et religion devraient s'accorder plutôt que de s'opposer. C'est pour ça qu'ils recherchent dans la science des faits qui soutiennent leurs idées. Et la preuve ultime, la preuve que le destin n'est pas écrit à l'avance, c'est vous, professeur Sun, qui allez l'apporter.
 
Guan Dai déglutit péniblement. Il lorgnait l'arme de son invitée inopportune du coin de l'oeil, songeant que c'était peut-être sa dernière chance de s'en sortir. La gorge serrée, les mains moites, il se sentait vraiment mal à l'aise en présence de cette femme qu'il n'avait pas envie de croire, mais qui tenait pourtant un discours troublant. D'une voix mal assurée, il objecta :
 
– Je ne vois pas le rapport avec votre présence ici.
– J'y viens. Je vous ai prévenu que c'était compliqué. Donc, votre rencontre avec un prêtre Illuminé va tout changer. Ils vous donneront les moyens d'aller au bout de votre théorie, et vous publierez le premier ouvrage scientifique qui servira de référence à une croyance religieuse...
– Et après...?
– Ca n'a pas l'air de vous impressionner. Pourtant, dans nos cours d'histoire, on ne tarit pas d'éloges... Enfin, peu importe. Toujours est-il que vous mourrez bêtement au cours d'un attentat contre votre ami le grand prêtre, monté en grade entre temps... ce qui ne vous laissera pas le temps de vous consacrer à votre deuxième grand projet, la chronautique.
– La... le voyage... dans le temps ?
– Exact ! Accélérer le vieillissement ou au contraire le ralentir, jusqu'à pouvoir presque le neutraliser, en manipulant la densité de la matière noire... c'est comme ça que vous espériez pouvoir traverser le temps, mais ça n'aura servi qu'à fabriquer des dispositifs anti-viellissement, enfin c'est encore une autre histoire... Mais, vous qui détestez tant les croyants, vous serez déçu d'apprendre que pour le coup, ils vont vous coiffer au poteau. Le premier homme à voyager dans le temps était un mystique, inspiré par les idées des Illuminés – les vôtres, donc. Par la méditation.
– Ben voyons. Pourquoi n'y avions-nous pas pensé plus tôt.
– Ca lui a pris dix ans de perfectionnement avant d'atteindre l'état de stase – c'est-à-dire, où on fige le temps autour de soi. Et ce sont vos écrits qui l'ont guidé, il n'aurait sans doute pas réussi tout seul...
– Et qu'a-t-il donné comme preuve de cette réussite ?
– Eh bien... les scientifiques de son époque lui ont posé la même question. Pas de preuve, pas de validité scientifique, pas de place dans les temples Illuminés. En fait, puisque vous tenez à ce que je vous épargne les détails, il ne pouvait pas ramener de preuve matérielle... Il n'y a que l'esprit qui traverse le temps, la matière, elle, reste fermement ancrée dans sa réalité physique.
– Vraiment ? Alors où avez-vous trouvé ce corps ?
– Ecoutez, il faut savoir ce que vous voulez... Comment voulez-vous que j'aille à l'essentiel si vous me demandez tout le temps des détails ?
– Alors finissez-en avec vos histoires absurdes.
– Bien. Il s'avère donc que les Illuminés s'emparent de la technique, et leurs écoles se mettent à former des chronautes, des gens capables de traverser le temps... Il ne faudra que quelques décennies pour cartographier l'ensemble de l'arbre-temps, avec tous ses embranchements connus, au travers de l'histoire humaine...
– Même leur propre futur ?
– Oui, mais il a été vite exploré.
– Comment ça ?
– C'est un cas de figure que vous n'aviez pas imaginé, apparemment... Le fait de savoir à l'avance ce qui vous attend vous permet de changer votre futur, pas vrai ?
– Oui, et alors ?
– Alors la branche s'atrophie. L'histoire de l'humanité arrive dans une impasse. Plus rien n'évolue, puisque l'église veille à empêcher toute chose indésirable qui pourrait arriver, en envoyant ses chronautes en éclaireurs.
 
Sun Guan Dai ne put réprimer un frisson d'effroi. La logique implacable de ce raisonnement, dans le cadre de sa propre théorie, lui faisait l'effet d'une douche froide. En effet, il n'y avait jamais pensé. C'était pourtant tellement évident.
 
– Nous appelons cette époque la Fin des temps, continua la jeune femme d'une voix grave. Pour l'église, c'est le paradis retrouvé, la victoire de l'homme sur les vicissitudes de son destin. Le monde entier est à l'état de stase.
– Alors vous pensez que m'assassiner permettra d'empêcher ça...?
– Encore un peu de patience, je n'ai pas fini...
– Vous venez vous-mêmes de dire que plus rien n'évolue après votre Fin des temps...
– Oui, mais j'ai oublié un détail.
– Quoi encore ?!
– Peu avant l'avènement de la Fin des temps, certains prêtres ont émis l'idée d'évangéliser les autres branches de l'arbre-temps, en leur apportant la science du temps, et l'art de la chronautique. C'est vrai qu'il y a une chose troublante : notre branche – je veux dire, celle d'où je viens – est la seule et unique, de tout l'arbre-temps connu, où la chronautique existe...
– C'est probable. C'est comme l'apparition de la vie, il y a une chance infime que cela se produise...
– Possible, mais ce n'est pas la conclusion qu'en ont tirée les grands prêtres de l'église. Pour eux, c'est une preuve que notre branche est la branche pure, celle qui, parmi des milliers d'essais ratés, était destinée à donner le bon résultat...
– Je croyais que vos Illuminés étaient contre l'idée de destinée...!
 
La jeune femme sourit tristement.
 
– Vous savez, en cent cinquante ans, bien des choses changent... Toujours est-il que depuis, les Illuminés parcourent l'arbre-temps de long en large pour effacer toutes les réalités alternatives, pour couper toutes les branches, les unes après les autres...
– Alors... Alors vous êtes une Illuminée, et vous voulez me tuer pour empêcher cette branche...
– Ne soyez pas ridicule, cracha la jeune femme, visiblement vexée. Réfléchissez un peu ! Si je veux vous éliminer, c'est pour empêcher l'apparition de la science du temps et de la chronautique. Ce serait du suicide de faire ça dans la branche alpha !
– Alors allez-vous enfin m'expliquer pourquoi vous tenez tant à me faire disparaître ?!
– Je suis dans l'autre camp. Je suis de ceux qui cherchent à préserver l'arbre-temps. Pour ça, nous poursuivons les Illuminés dans les branches bêta – les branches alternatives – et nous tentons de les devancer pour faire en sorte de maintenir le cours des choses, contrairement à eux qui veulent le modifier.
– Vous voulez dire que... que...
– Que vous êtes une version du professeur Sun qui est censée rater. La version, d'ailleurs, qui est la plus proche du succès. C'est autour de vous, et du peu de mauvais choix que vous avez faits, que s'opère l'embranchement. C'est pour ça que l'Illuminé chargé de votre cas en a après vous.
– Alors les Illuminés voudraient me forcer à réussir mes recherches ?
– Et ainsi atrophier progressivement la branche bêta dans laquelle vous vous trouvez, acquiesça la jeune femme. Jusqu'à ce qu'elle ressemble intégralement à notre branche alpha... et qu'elle s'y fonde. Si nous n'arrêtons pas les Illuminés, bientôt, le temps se transformera en autoroute... la conception contre laquelle vous vous êtes battu toute votre vie.
– Donc, en fait, c'est pour le bien de l'univers que vous venez m'éliminer ?
– On peut dire ça comme ça. »
 
Sun Guan Dai fixa longuement l'intruse. Il ne parvenait pas à lire quoi que ce soit dans l'océan de ses yeux. Son esprit rationnel lui interdisait de croire un traître mot de l'histoire extravagante qu'elle venait de lui raconter. Mais au fond de lui, il pressentait justement qu'elle était bien trop extravagante pour avoir été inventée. Elle souffrait quelques carences sur le plan scientifique, mais le jeune homme avait beau réfléchir, il ne parvenait pas à mettre en défaut sa logique de fond. Son coeur battait la chamade, son cerveau était au bord de l'implosion. Il ne savait plus quoi penser
 
Une bonne minute s'écoula, avant que Guan Dai se décide à parler.
 
« Désolé, lâcha-t-il.
– Pour quoi ?
– Je ne marche pas. Vous êtes sans doute très intelligente, et vous avez de la répartie, mais je ne peux pas vous croire.
 
Contrairement aux attentes du jeune homme, son interlocutrice ne protesta pas. Elle se contenta de soupirer en secouant la tête.
 
– Vous êtes très intelligent aussi, c'est très agréable de parler avec vous. Vous êtes dans les livres d'histoire de mon époque, vous savez ? Mais alors, quelle tête de mule vous faites...
– Tête de mule ? Vous n'insistez même pas...
– Vous ne comprenez pas, professeur. Que croyez-vous que je fasse quand vous m'annoncez que vous ne voulez pas me croire ?
– Vous me tuez, je suppose.
– Après vous avoir raconté tout ça ? Professeur, je veux que vous m'accompagniez. La menace de mort, c'est surtout pour que vous n'ayez pas le choix.
– Vous accompagner ? Comment ça ?
– Je suis entraînée pour transporter les profanes à travers le temps, je peux vous faire voyager avec moi...
– Dans quel but ?
– Profiter de votre intelligence pour nous aider dans la lutte contre les Illuminés. Et par la même occasion, vous faire disparaître de cette branche où vous ne pouvez pas rester...
– Et si je refuse, vous me tuerez, c'est bien ça ?
– Voyons... Est-ce que j'ai l'air d'une tueuse ? Si vous refusez, alors je recommence.
– Vous... quoi ?!
– Je vous l'ai dit, professeur. Je suis une chronaute. Vous êtes un dur à cuire, je n'ai encore jamais réussi à vous convaincre, j'ai pourtant essayé plein de tactiques différentes. Mais vous voulez toujours tout savoir, alors je finis à chaque fois par vous expliquer...
 
Sun Guan Dai ferma les yeux et se passa la main sur le visage. C'était trop, beaucoup trop. Il n'avait d'ordinaire aucune difficulté à confondre les charlatans qui prétendaient venir du futur ou pouvoir lire l'avenir. Mais cette femme le devançait. Elle avait toujours une longueur d'avance sur son propre raisonnement, comme si, comme si... comme si elle connaissait le fonctionnement du temps mieux que lui.
 
– Ca fait combien de fois que vous essayez ? marmonna-t-il, tremblant.
– C'est la cinquième. C'est très frustrant de devoir tout reprendre au début à chaque fois, vous savez. En plus, je me fatigue peu à peu... La décorporation est très épuisante...
– Pourquoi vous n'avez pas abandonné plus tôt ?
– Il nous faut des hommes pour combattre les Illuminés. Des grands hommes. Vous êtes celui qui a découvert les lois du temps. Vous êtes le Einstein du 21ème siècle. Il nous faut votre aide, à tout prix. Vous vous y êtes destiné vous-mêmes...
– Vous savez bien que je ne crois pas au destin.
– Alors arrêtez de refuser. Changez d'avis, pour une fois. »
 
Lessivé, tremblant et en sueur, Sun Guan Dai ne sut trop comment les choses se passèrent ensuite. Derrière le voile opaque dans lequel baignait son esprit, il entrevit seulement la jeune femme s'approcher, ses magnifiques yeux bleus lui sourire, puis il sentit des bras se refermer autour de lui. Il fut alors saisi d'un vertige, et il lui sembla plonger dans un gouffre sans fond.
 
Par Perlune - Publié dans : Ecritures
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Mardi 21 juillet 2009

Il y a beaucoup de choses qui se sont passées dernièrement et que j'aurais préféré éviter. Mais puisque chacun se retrouve à sa place et que la vie reprend son cours normal, je m'incline et m'en remets aux mains bienveillantes de mon destin, qui se débrouillera très bien sans moi.

 

 

 

Tant que le monde tourne rond...

 

 

Ô toi, petit coup de tonnerre
Toi qui retournes ciel et terre
Toi qui arrives et puis repars
Au milieu des nuages noirs
Toi que l'on entend en retard
Qui berce tous mes cauchemars
Tu fais trembler mon univers
Tu électrises mon atmosphère...
 
Mais pour quoi t'excuses-tu donc?
S'il te faut fuir vers l'horizon
Pourquoi te mettrais-je en prison
Tant que le monde tourne rond...
 
Ô toi, petit coucher de soleil
Qui brilles d'un éclat vermeil
Toi qui illumines l'océan
De ton rose dégoulinant
Toi qui as choisi pour amant
Un odieux marais purulent
Tu t'éclipses dans mon éveil
Tu me dérobes mon sommeil...
 
Mais pour quoi compatis-tu donc?
Si je pleure ton extinction
Pourquoi refuser l'abandon
Tant que le monde tourne rond...
 
Ô toi, jolie petite aurore
Parée de ciel bleu pâle et or
Toi qui accueilles l'astre du jour
En ton sein gorgé de velours
Toi qui cèdes encore et toujours
A la lumière de l'amour
Tu m'accapares de remords
A toujours changer de décor
 
Mais pour quoi te blâmes-tu donc?
Si chaque matin ton coeur fond
Pourquoi y chercher la raison
Tant que le monde tourne rond...

 

Par Perlune - Publié dans : Poésie
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Ca, c'est moi

  • : Perlune
  • maindair
  • : Homme
  • : France Dijon
  • : Psychologue-astrologue-musicien-écrivain. Main-d'Air d'après la chiromancie. Jupitérien/lunaire d'après l'astrologie moderne. ENFJ d'après le MBTI. De l'arcane de la Papesse (II) d'après le tarot.

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